Patrice Emery LumumbaMon livre de chevet actuel est “Le crime du Congo Belge” de Sir Arthur Conan Doyle (oui le père de Sherlock Holmes). Pour vous donner un aperçu du contenu, voici une citation de Sir Arthur Conan Doyle :

“L’exploitation du Congo fut le plus grand crime contre l’humanité jamais commis dans l’histoire de l’humanité”

Sir Arthur Conan Doyle, Letters to the press, 1909.

C’est à ce moment que je me suis retrouvé à chercher le fameux discours de l’indépendance de P.E Lumumba.

Pour ceux qui ne le savent pas, lors de la cérémonie d’indépendance, après que Joseph Kasa Vubu et le roi Baudouin Ier de Belgique se soient mutuellement déclarés leurs amours mutuels, P.E. Lumumba a fait un discours non prévu dans le protocole dans lequel il jouït de son indépendance. Notez le contraste de ton.
Citation de Baudouin Ier :

L’indépendance du Congo constitue l’aboutissement de l’œuvre conçue par le génie du roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage tenace et continuée avec persévérance par la Belgique. Elle marque une heure décisive dans les destinées non seulement du Congo lui-même mais je n’hésite pas à l’affirmer, de l’Afrique tout entière

citation de J. Kasa Vubu :

…Le Congo indépendant que vous avez créé, vous dit avec émotion sa gratitude infinie et vous assure solennellement que jamais vous ne serez oubliés.

citation de P.E. Lumumba :

Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un noir on disait “tu”, non certes comme à un ami, mais parce que le “vous” honorable était réservé aux seuls blancs ?

Qu’en pensez-vous ?

Ci-dessous se trouve la version intégrale du discours de Lumumba

Congolais et Congolaises,

Combattants de l’Indépendance aujourd’hui victorieux, Je vous salue au nom du gouvernement congolais.

A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffablement gravée dans vos coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.

Car cette Indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise (applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.

Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions le chasser de notre mémoire. Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers.

Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un Noir on disait “tu”, non certes comme à un ami, mais parce que le “vous” honorable était réservé aux seuls Blancs ?

Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces de relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes pour les Noirs ; qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera enfin les fusillades dont périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation ? (Applaudissements.)

Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert.

Mais tout cela aussi, nous que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, « Nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini. »

La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants.

Ensemble, mes frères, mes soeurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur.

Nous allons établir ensemble la Justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. (Applaudissements).

Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière.

Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.

Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens puissent jouir pleinement des libertés fondamentables prévues dans la déclaration des Droits de l’Homme. (Applaudissements.)

Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et son dévouement au pays.

Nous allons faire régner, non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des coeurs et des bonnes volontés. (Applaudissements.)

Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter, non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque jour qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique, quelle qu’elle soit. (Applaudissements.)

Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé de s’opposer à notre indépendance est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un traité vient d’être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants. Cette coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays. De notre côté, tout en restant vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis.

Ainsi, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le Congo nouveau, notre chère République que mon gouvernement va créer, sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions sans retard à ce but, vous tous, législateurs et citoyens congolais, je vous demande de m’aider de toutes vos forces.

Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger.

Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques.

Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise.

Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ; si par contre leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la prospérité de notre pays.

L’Indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent Africain. (Applaudissements.)

Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes, mes frères de race, mes frères de lutte, ce que j’ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour magnifique de notre Indépendance complète et souveraine. (Applaudissements.)

Notre gouvernement, fort, national, populaire sera le salut de ce pays. J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.

Hommage aux combattants de la liberté nationale !

Vive l’Indépendance de l’Unité Africaine !

Vive le Congo indépendant et souverain ! (Applaudissements prolongés.)

4 Responses to “Hommage à Patrice Emery Lumumba”

  1. Excellsun says:

    Pendant que nous nous preparons a celebrer le 49e anniversaire de l’independance de notre pays, je voudrai juste poser ue questions de reflexion a mes compatriotes:
    “Si Lumumba se reveillait maintenant, que dirait-il du Congo et des Congolais aujoud’hui, vue les aspirations qu’il avait pour le Congo et l’invitation qu’il avait lancee aux Congolais a joindre et continuer sa lutte?” Vos reactions sont les bienvenues!

  2. valérie says:

    Si Lumumba se reveillait maintenant, le Congo serait un paradis et que les congolais se réjouissent de leurs droits .
    bien lis le message mais nous qui souffrons d’yeux avons difficultés de lire car les écritures sont en petite piloce.

  3. stefani chimi says:

    je suis camerounaise mais je ne m’enpecher d’avoir des frissons lorsque je lit ce discours ou alors je vois le documentaire sur l’immense p.e LUMUMBA congolais et congolaise vous pouvez etre fier votre nation a porté un grand homme.

  4. PAMELA TEKASALA DACRUZ says:

    Si aujourd’hui mon héros Lumumba se réveillait, je serais bien triste comme lui de voir combien les congolais sont naives et ont oubliés si facilement tout ce que cet homme a fait pour ce riche et beau pays durant sa lutte pour le bien être des congolais.
    C’est vraiment regrettable de voir les congolais acceptés la souffrance qu’ont vécus nos ancetres,nos parents et nos grand parents pendant l’époque coloniale, les congolais d’aujourd’hui ne savent qu’ils subissent les memes souffrances mais sous une autre forme.Quand bien meme Laurent Désiré Kabila lle successeur de Lumumba est venu réveillé une nouvelle fois notre conscience, après son départ dans le monde du silence, c’est comme s’il avait tout apporter avec lui dans le séjour des morts,mais mois je dirais à Lumumba de ne pas trop regretter qu’un deuxième lumumba est venu mais les congolais ont tout oubliés, de continuer à esperer qu’un troisième vienne et peut etre que celui là ira jusqu’au bout dans cette lutte de tous les jours, je lui dirais combien je suis très reconnaissante pour tout ce qu’il a fait pour ce pays, et qu’il sache que le sang qu’il a versé pour les congolais ne prendra point des repos mais comme il a crié pour nous envoyé Muzée Laurent Désiré Kabila, de la même manière il continuera à crier et nous enverra encore un autre Lumumba qui achèvera certainement la mission que lui a commencé et que son frère L.D.Kabila ont acheminé.
    Enfin, je lui dirai que je suis très fière d’être une combattante, comme lui et que toute ma vie je ne trahirai jamais mon pays et ne laissera jamais mourir leurs noms et leurs notoriétés dans ce monde.
    Ils n’ont pas donné leurs vies pour rien,un jour ils seront fières d’avoir verser leurs sangs pour ce pays.
    Comptez sur moi

    Votre descendante
    Pamela Tekasala Dacruz
    Kinshasa RDC

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